Conseil des arts La banque d'oeuvres d'art

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Historique de la Banque d’œuvres d’art du Conseil des Arts

Dès sa création, la Banque d’œuvres d’art avait pour but de « suppléer au revenu des artistes dont les œuvres sont achetées et de mettre de nombreux Canadiens en contact direct avec l’art canadien contemporain. Elle avait également pour but de stimuler les galeries d’art commerciales qui favorisent depuis longtemps l’essor de l’art canadien. » L’idée exceptionnelle d’un tel programme est née dans le fécond esprit créateur de deux acteurs clés : Suzanne Rivard Le Moyne, alors agente des arts visuels au Conseil des Arts, et Al Johnson, secrétaire du Conseil du Trésor du Canada à l’époque.

En 1972, Mme Le Moyne achemine au Conseil du Trésor un projet de location d’œuvres d’art destiné aux organismes gouvernementaux. En réponse, le Conseil du Trésor accorde non pas la somme de 250 000 $ demandée, mais 5 millions de dollars répartis sur cinq ans. Cet éclatant vote de confiance jette alors les bases de ce qui devient, avec le temps, la plus vaste collection d’art canadien contemporain au monde et le programme de location d’œuvres d’art le plus réussi au Canada. Aujourd’hui, le modèle de la Banque a aussi été adopté par l’Australie; la Norvège a lancé un programme semblable et d’autres pays, comme Singapour, l’Inde et le Japon, ont demandé plus d’information sur cette initiative.

Le bref survol historique qui suit explore les politiques et les lignes directrices qui, au fil des ans, ont contribué au succès de la Banque d’œuvres d’art, ainsi que certaines polémiques concernant la gestion de cet organisme.

Les premières années

 

Le plus grand sujet de controverse pourrait bien être la tension entre le besoin d’acquérir des œuvres qui se prêtent à la location et la volonté de constituer une grande « collection » d’œuvres d’art canadien contemporaines, sans tenir compte du fait que l’œuvre se prête ou non à la location. M. Luke Rombout, premier directeur de la Banque d’œuvres d’art, a reflété ce dernier point de vue, en précisant qu’il « ne voulait pas faire de la décoration intérieure pour le compte du gouvernement » - point de vue d’ailleurs partagé par les directeurs subséquents.

Le fait que la Banque d’œuvres d’art n’ait pu atteindre le seuil de rentabilité pendant ses cinq premières années d’existence serait peut-être attribuable, du moins en partie, à cette divergence de pensées. En 1977, le Conseil du Trésor s’est rendu compte que la Banque n’atteindrait pas le seuil de rentabilité et a cessé de recommander au gouvernement de lui accorder un appui financier. L’objectif d’autosuffisance a été abandonné lorsque le Conseil des Arts a assumé l’entière responsabilité du fonctionnement de cet organisme.

Par la suite, lorsque des préoccupations ont été soulevées concernant les pratiques de collectionnement de la Banque d’œuvres d’art, le Conseil des Arts a demandé à Davidson Dunton, professeur à l’Université Carleton, de mener une étude sur le fonctionnement de la Banque. Dans son rapport, M. Dunton a dit que : « des tensions sont évidentes entre les deux principaux objectifs de la Banque ». « La Banque d’œuvres d’art devrait rester axée sur l’acquisition et la location d’œuvres d’art. » Il a aussi fait valoir qu’il fallait maintenir « l’équilibre entre les coûts d’exploitation et les revenus de location, exception faite des coûts qui se rapportent directement aux achats ou au programme de diffusion. » Cette recommandation constituait en soi une nouvelle orientation, par rapport à l’objectif d’autosuffisance établi antérieurement par le Conseil du Trésor. Au cours des deux décennies qui ont suivi, non seulement les revenus n’ont pas suffi à payer les acquisitions et les services dispensés mais, avec le temps, ils n’ont même pas suffi à payer les coûts de fonctionnement.

Les années 80

 

Au cours des années 80, la Banque est sans doute devenue l’intervenante la plus importante sur le marché des arts au Canada. Pour bien des gens, cette collection était importante et devait être conservée pour les futures générations. L’acquisition de grandes installations, de films et de vidéos était justifiée en tant que forme d’appui de taille aux artistes canadiens, et non comme additions pouvant contribuer au succès du programme de location de la Banque. Le but original de la Banque était miné par des besoins concurrents, dont la croissance des activités éducatives de l’organisme.

Au cours des années 80, la politique de collectionnement a donné lieu à une préoccupation qui est d’ailleurs toujours d’actualité. Certaines des œuvres acquises n’étaient pas propres à être louées. Les grandes installations et sculptures, ainsi que les films et les vidéos n’ont jamais été propices à la location. Bien qu’elles aient peut-être été justifiées dans le contexte de création d’une collection nationale, il n’a jamais été question de créer un programme d’exposition à l’intérieur de ce cadre. Parallèlement, le nombre d’œuvres louées augmentait mais, insatisfaits des œuvres qui leur étaient offertes, les clients exprimaient énergiquement leur opinion sur les œuvres acquises.

Les années 90 … et après

 

Lorsque le budget du Conseil des Arts a été coupé par le Parlement, en 1995, son conseil d’administration a adopté une résolution prévoyant la fermeture de la Banque d’œuvres d’art. La décision du conseil d’administration était motivée non seulement par les coûts que le Conseil devait assumer, mais aussi par des enjeux relatifs à la croissance de la « collection », au rachat de bon nombre d’œuvres par les grands artistes, et au grand nombre d’œuvres n’ayant jamais été louées. Heureusement, en réponse au tollé général, le conseil d’administration a réévalué sa décision.

Ainsi, Luke Rombout, premier directeur de la Banque d’œuvres d’art, a été prié de reprendre son poste et d’essayer de juguler les dépenses de l’organisme. Ce dernier a coupé des postes, a annulé des programmes, a suspendu le programme d’acquisition et a entrepris de trouver de nouveaux locaux d’entreposage moins coûteux. À la suite d’interventions majeures de la communauté artistique et des mesures décisives prises par M. Rombout, le conseil d’administration a permis à la Banque de poursuivre son activité et a appuyé son déménagement dans les locaux actuels situés sur le boulevard St-Laurent.

Grâce à toutes ces mesures, la Banque a obtenu suffisamment de temps pour réévaluer son objectif premier et prendre les mesures qui s’imposaient afin d’assurer sa future croissance. En clair, si elle voulait réussir, la Banque d’œuvres d’art devait absolument adopter des pratiques de gestion ayant cours dans le monde des affaires.

Lorsque Victoria Henry a été nommée directrice de la Banque en 1999, le conseil d’administration lui a attribué le mandat de rentabiliser toutes les activités de la Banque, y compris les acquisitions, en se basant uniquement sur la location des œuvres. Le Conseil des Arts ne financerait plus les activités de la Banque au-delà de l’année 2002.

Consciente que ce nouveau mandat pourrait entraîner une réorientation vers la location des activités alors axées sur le collectionnement, Mme Henry a d’abord analysé toute la collection. Des contacts ont été établis avec les 2800 artistes, leurs agents ou successions, les dossiers des artistes ont été mis à jour et les 18 000 œuvres ont été évaluées par des professionnels. Bon nombre des œuvres composant la collection alors évaluée à plus de 60 millions de dollars devaient être encadrées ou ré-encadrées ou requéraient des travaux de conservation. Des critères ont été établis, afin de repérer les œuvres n’ayant jamais été louées, en vue de les céder à une date ultérieure.

Simultanément, Mme Henry a exploité toutes les occasions qui lui ont été offertes de faire du marketing et de la publicité dans les médias; elle a lancé une campagne de publicité axée sur le slogan « Louez des œuvres d’art pour votre milieu de travail ». Les nouveaux locaux sur le boulevard St-Laurent ont été ouverts à grand renfort de publicité et une superbe fête. Le personnel de la Banque a été réorganisé pour refléter la nouvelle orientation de la Banque, désormais axée sur la clientèle : trois conseillers professionnels disposant chacun d’une équipe technique et de soutien administratif. Grâce à ces mesures, les revenus ont connu une augmentation phénoménale ces trois dernières années. Ayant atteint le seuil de rentabilité, la Banque d’œuvres d’art a repris l’acquisition de nouvelles œuvres en 2000-2001.

En février 2002, la Banque d’œuvres d’art a fêté son 30e anniversaire en organisant une soirée de mardi gras dans ses locaux. La Banque avait de nombreuses réalisations à célébrer. À l’aide des revenus qu’elle a générés, la Banque a pu acquérir des œuvres de jeunes artistes comme Eliza Griffiths, Scott Griffin, Pearl van Geest, J. J. Lee, Alexandre Castonguay, Joseph Siddiqi, Todd Munro, Martin Bourdeau et Isabelle Hayeur. Ayant produit un modeste surplus, la Banque jouit maintenant d’une sécurité financière et sa clientèle augmente à nouveau dans tous les coins du pays. Malgré son changement de cap des activités de collectionnement vers la location, la Banque a réussi à acquérir d’importantes œuvres d’art et compte poursuivre dans cette nouvelle voie.

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